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Interview 26.12.2016

« Les règles budgétaires doivent être rendues plus contraignantes »

Entretien Jens Weidmann avec « Bild », publié le 26 décembre 2016: Cela vaut-il encore la peine d'épargner ?

Propos recueillis par Jan W. Schäfer.
Traduction: Deutsche Bundesbank.

BILD : De quel ministre des Finances avez-vous, ainsi que le président de la BCE, M. Draghi, reçu le plus grand cadeau de Noël ?

Jens Weidmann : Il n'y a pas eu de cadeaux, pourquoi me posez-vous cette question ?

Parce qu'en raison des taux d'intérêt nuls, les ministres économisent chaque année plus de 100 milliards d'euros d’intérêts !

Les pays de la zone euro devraient profiter des taux d'intérêt historiquement bas pour assainir leurs finances. Mais nombreux sont ceux qui ne font pas assez ou augmentent même leurs dépenses, ce qui est dangereux. En effet, lorsque les taux d'intérêt repartent à la hausse, les pays doivent payer davantage pour rembourser leur charge de dette élevée. Cela peut rapidement mener à une nouvelle crise de confiance.

La prochaine crise de la dette n'est donc qu'une question de temps ?

Les gouvernements ne devraient en tout cas pas rester les bras croisés, car la charge de dettes est souvent encore très importante. Cela doit changer et nécessite une certaine pression. Celui qui s'endette trop devrait aussi s'acquitter d'intérêts plus élevés sur le marché. De plus, les règles budgétaires devraient être rendues plus contraignantes. Un organisme indépendant, chargé de la surveillance des budgets nationaux, pourrait y contribuer. Cet organisme devrait par ailleurs être composé d'experts et non pas de politiciens.

Mais il est peu probable que les pays de la zone euro se laisseront faire !

L'endettement important de nombreux pays de la zone euro hypothèque les générations futures et peut compromettre la stabilité de l'euro. Il incombe aux gouvernements d'assumer leur responsabilité.

De quel pays partira en 2017 le plus grand danger pour l'euro ?

Nous avons vécu en 2016 la surprise du Brexit et le référendum en Italie. Mais ces évènements n'ont guère eu d'effet sur la conjoncture. Cela montre que les votes ne compromettent pas tous la reprise. L'économie est plus robuste que certains ne le croient. Mais la politique détermine les conditions-cadres pour une croissance à long terme et pour l'emploi.

Quand les taux d'intérêt vont-ils de nouveau augmenter ?

Nous observons aujourd'hui déjà que l'inflation augmente. La BCE part du principe que le taux d'inflation sera, au plus tard en 2019, à une valeur proche de 2 %. Mais attendre ce moment pour resserrer la politique monétaire serait trop tard, car l'inflation réagit avec un certain retard à nos mesures. Nous devons agir avec prévoyance. Cela signifie qu'il faudra resserrer notre politique monétaire dès que l'inflation se trouvera sur une trajectoire durable vers notre objectif.

Cela vaut-il encore la peine d'épargner vu les taux d'intérêt nuls ?

Certainement. Seul celui qui met de l'argent de côté aujourd'hui pourra le dépenser à la retraite. De plus, la situation des taux d'intérêt nuls n'est pas permanente. Mais il est certes utile d'opter pour d'autres formes de placements à côté du livret d'épargne.

Est-il donc mieux de choisir des placements boursiers risqués que d’économiser ?

Des placements boursiers risqués ne sont certainement pas la réponse, mais les placements boursiers ne sont pas tous à risques. Le type de placement choisi et les risques que l'on est disposé à encourir dépendent de la situation personnelle de chacun. Un rendement plus élevé ne peut être obtenu qu'en prenant des risques plus élevés. Celui qui a besoin de ses fonds dans un avenir proche devrait éviter des placements soumis à d'importantes fluctuations de valeur. Et les Allemands commencent progressivement à modifier leur comportement de placement, ils épargnent par exemple de plus en plus sous forme d'actions ou de titres de fonds de placement.

La banque italienne Monte dei Paschi est au bord de la faillite. Faudra-t-il la sauver avec l'argent du contribuable ?

À cet égard, de nombreuses questions demeurent encore en suspens. En principe, nous avons décidé de nouvelles règles. Celles-ci devraient notamment protéger le contribuable et garantir la responsabilité des investisseurs. Des fonds publics ne sont prévus qu'en dernier recours, c'est pourquoi la barre a été placée très haut.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Pour que le gouvernement italien puisse mettre en œuvre sa mesure prévue, la banque doit, en substance, être économiquement saine. L'argent ne doit pas non plus servir à couvrir des pertes déjà prévisibles. Par ailleurs, le refus d'un soutien devrait entraîner de graves bouleversements économiques. Tout cela doit maintenant être soigneusement examiné. Si, malgré tout, des fonds publics sont versés à la banque Monte dei Paschi, ces derniers devraient en tout cas être refinancés en raison du déficit public élevé de l'Italie.

Est-il temps maintenant qu'un Allemand prenne la direction de la BCE ?

Il est encore beaucoup trop tôt pour mener un tel débat, car le mandat du président de la BCE, M. Draghi, court encore presque trois ans. Mais nous avons besoin d'une politique monétaire orientée sur la stabilité, peu importe la nationalité du président.

Seriez-vous prêt à prendre la relève de M. Draghi ?

Ce sujet ne m'occupe pas pour le moment.

© Tous droits réservés. BILD Bundesausgabe, 26.12.2016, Jan W. Schäfer.

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Entretien

Entretien Jens Weidmann,
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