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Francfort-sur-le-Main | 26.07.2017

Rapport mensuel de juillet : Forte croissance du marché des obligations d'entreprises

Le marché des obligations d'entreprises non financières dans la zone euro a fortement progressé au cours des dernières années. Selon les statistiques de la Banque centrale européenne relatives au marché des capitaux, le volume de ces obligations a augmenté depuis le début 2011 pour atteindre 1 020,4 milliards d'euros, rapporte la Bundesbank dans son dernier Rapport mensuel. Ceci représente une augmentation de presque 50 pour cent. C'est surtout en France que les entreprises ont émis des titres en grande quantité. Traditionnellement, les entreprises y sont comparativement plus présentes sur le marché des capitaux. Par ailleurs, les entreprises italiennes, allemandes et espagnoles ont apporté leur contribution à la croissance du marché. Les entreprises non financières sont celles qui ne proposent aucune prestation du domaine financier ou des assurances.

Hausse de l'offre et de la demande

Selon les experts de la Bundesbank, cette évolution est à mettre au compte autant d'une offre accrue d'obligations d'entreprises que d'une demande plus élevée. Dans un marché globalement en progression, "plusieurs entreprises non financières, en particulier dans certains pays périphériques, ont remplacé les crédits bancaires par des emprunts durant les années de crise, diversifiant ainsi leurs sources de financement", écrivent-ils. Les crédits bancaires n'étaient disponibles qu'en très faible quantité ou à des conditions peu avantageuses dans les pays particulièrement touchés par la crise de la dette souveraine. Cependant, lors de leurs décisions de financement, les entreprises françaises et allemandes ont probablement attaché davantage d'importance aux conditions de financement sur le marché des obligations d'entreprises, qui étaient plus avantageuses que les intérêts d'un crédit.

La demande d'obligations d'entreprises a aussi augmenté depuis le début 2011, écrivent les experts de la Bundesbank. Le recul des taux pour les placements sans risque a suscité un vif intérêt auprès des investisseurs. À la recherche de rendements, les investisseurs institutionnels tels que les compagnies d'assurance et les autres institutions financières (par exemple les fonds d'investissement), ont davantage investi dans les obligations d'entreprises. Enfin, l'Eurosystème est devenu un investisseur de poids depuis le début de ses achats de titres d'entreprises en juin 2016. Dans le cadre du programme dit CSPP (Corporate Sector Purchase Programme), dont l'objectif est d'agir positivement sur l'activité économique et l'évolution de l'inflation, l'Eurosystème peut acquérir des obligations d'entreprises dans le respect d'une série de conditions, par exemple certains niveaux de notation ou des durées résiduelles, depuis le 8 juin 2016.

Les achats du CSPP peuvent avoir des effets secondaires

Le programme d'achat a créé un espace supplémentaire pour l'émission d'obligations, écrivent par ailleurs les experts de la Bundesbank. Le programme d'achat a aussi impliqué l'acceptation d'effets indésirables possibles. Parmi eux, l'existence d'un éventuel avantage pour des entreprises actives sur le marché des capitaux dont font partie en règle générale les plus grosses entreprises. "L'Eurosystème agit donc plus profondément sur les possibilités de financement des entreprises qu'avec des mesures de politique monétaire conventionnelle", expliquent les experts de la Bundesbank.

De plus, malgré les mesures de contrôle des risques prévues, l'Eurosystème s'expose à un risque de bilan plus élevé que lors des opérations de refinancement traditionnelles avec les établissements de crédit. D'éventuelles distorsions de prix sur le marché des obligations d'entreprises font également partie des risques du programme, selon les experts. Enfin, l'Eurosystème pourrait endosser un nouveau rôle en tant que créancier d'entreprises si, dans le cadre de réunions de créanciers, les conditions de base d'émission d'un titre étaient modifiées. "Ce rôle peut entrer en conflit avec le principe selon lequel la politique monétaire doit rester la plus neutre possible, donc ne pas influencer la politique d'affaires d'une entreprise", peut-on lire dans le rapport.

Le marché obligataire pourrait continuer à croître

En outre, les experts de la Bundesbank soulignent une autre évolution qui pourrait se transformer en un risque pour la stabilité et le fonctionnement du marché. La corrélation des rendements des obligations d'entreprises de différentes branches s'est renforcée à la suite du CSPP, selon les observations des experts. Ceci pourrait être le signe que les différences entre les titres perdent en importance aux yeux des investisseurs, ce qui pourrait en fin de compte avoir des conséquences négatives sur l'efficacité des marchés et l'allocation des capitaux. "Le risque doit être étudié en permanence du point de vue de la banque centrale", précise le Rapport mensuel.

Le marché des obligations d'entreprises pourrait continuer à croître à l'avenir. Plusieurs facteurs le présagent, selon le Rapport mensuel. Les entreprises qui ont émis un emprunt pour la première fois au cours des dernières années, pourraient par exemple être tentées de remplacer durablement les crédits bancaires par des obligations. La croissance du marché pourrait aussi profiter des ambitions politiques de l'UE, telles que les efforts faits pour éliminer les obstacles à l'intégration des marchés obligataires européens et pour améliorer la transparence des diverses règles nationales, précise l'article.

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