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Francfort-sur-le-Main | 13.10.2017

"Les taux d'intérêt bas ne dureront pas indéfiniment"

Selon le président de la Bundesbank, les banques centrales dans la zone euro ne devront pas hésiter à retourner à la normale en matière de politique monétaire lorsque l'inflation augmentera de nouveau. "Si la pression sur les prix augmente, nous devons resserrer les rênes de la politique monétaire", a-t-il déclaré dans une interview avec l'hebdomadaire Wirtschaftswoche, en ajoutant qu'une politique monétaire orientée sur la stabilité devait être en accord avec le mandat de la stabilité des prix. "Nous ne devrons pas tenir compte des coûts de financement des États", a souligné M. Weidmann.

En voie d'atteindre l'objectif d'inflation

Les banques centrales de l'Eurosystème n'ont pas encore atteint leur objectif d'un taux d'inflation annuel inférieur à, mais proche de 2 %, a-t-il précisé. Mais selon lui, elles sont en voie de l'atteindre. Après une crise financière, cela peut prendre plus de temps. D'après les récentes estimations des experts de la BCE de septembre 2017, les prix à la consommation dans la zone euro augmenteront cette année de 1,5 %, en 2018 de 1,2 % et en 2019 de 1,5 %.

Selon M. Weidmann, les causes de la faible pression sur les prix ne sont que passagères. Parmi ces causes figurent la réduction du haut niveau d'endettement des gouvernements, des entreprises et des ménages. Les banques devraient elles aussi remettre en ordre leurs bilans. Par ailleurs, il faut du temps jusqu'à ce que tous les pays de la zone euro aient rétabli leur compétitivité. Tous ces facteurs freinent actuellement la hausse des prix, a-t-il déclaré, en précisant que l'évolution conjoncturelle était toutefois orientée plutôt vers la hausse. "Nous nous attendons à ce que le taux d'utilisation et la pression sur les prix augmentent", a-t-il expliqué. "Cela permet d'envisager un retour à la normale en matière de politique monétaire."

Resserrer rapidement les rênes pendant la reprise

M. Weidmann s'est prononcé en faveur d'une politique monétaire symétrique qui réagit de manière concertée face à des fluctuations de la conjoncture et des prix à la consommation. Cela signifie qu'en cas de ralentissement ou de crise économique, la politique monétaire doit être relâchée de manière significative. "La période de taux d'intérêt bas ne doit toutefois pas durer trop longtemps, et en cas de reprise, les rênes de la politique monétaire doivent être resserrées rapidement et avec conséquence", a souligné M. Weidmann.

Au cours de l'interview, il a également évoqué la discussion menée au sujet d'une adaptation du programme d'achat de titres. Actuellement, les banques centrales de l'Eurosystème achètent encore chaque mois des titres d'un volume de 60 milliards d'euros. "Même si nous réduisons les achats nets, les stocks dans nos bilans continuent d'augmenter et la politique monétaire demeure expansive", a souligné M. Weidmann. "Nous réduirions toutefois un peu la voilure." Selon la décision du conseil des gouverneurs de la BCE, les taux directeurs n'augmenteraient qu'après l'achèvement des achats de titres. "Dans cette optique, il est légitime de se poser la question de savoir de quelle marge de manœuvre la politique monétaire disposera encore lorsque le prochain ralentissement interviendra", a-t-il déclaré.

Pas de signe d'une bulle immobilière constituant une menace pour la stabilité

Selon M. Weidmann, la politique monétaire très expansive a eu pour conséquence une forte hausse des prix immobiliers. Ainsi, les prix immobiliers dans les grandes villes allemandes seraient de 15 % à 30 % supérieurs aux résultats des calculs modélisés par la Bundesbank. Il ne perçoit toutefois pas de signe d'une bulle dans laquelle la hausse des prix immobiliers va de pair avec des opérations de crédit exagérées et des conditions de crédit plus souples.

M. Weidmann a souligné que la politique monétaire ne devrait pas être jugée sur la base de l'évolution des prix d'actifs. Son rôle est plutôt d'assurer la stabilité des prix à la consommation. "La politique monétaire serait surchargée si elle devait en plus contrôler certains prix d'actifs", a-t-il indiqué. La Banque centrale européenne veille à la stabilité financière, réalise des analyses, recommande des actions à prendre par les instances politiques et peut renforcer des mesures nationales. "Mais je ne pense pas que la stabilité financière devrait constituer un objectif supplémentaire de la politique monétaire", a souligné M. Weidmann.

L'Union monétaire doit rester une union de la stabilité

Le président de la Bundesbank s'est montré critique à l'égard de propositions visant à étendre le partage des risques au sein de l'Union monétaire. "J'entends certes beaucoup parler de responsabilité commune, mais peu de décisions et de contrôle communs", a-t-il expliqué. Mais du point de vue des banques centrales, les propositions devraient être jugées en fonction de la question de savoir si, avec elles, l'Union monétaire demeurait une union de la stabilité.

Selon M. Weidmann, un ministre européen des Finances, tel qu'il a été proposé récemment par le président français, Emmanuel Macron, ne pose pas de problème pour la politique monétaire, puisque chaque État national qui mène sa propre politique monétaire dispose déjà de son propre ministre des Finances. Tout dépend cependant de la conception, a-t-il ajouté. À ce jour, il n'est même pas encore clair quelles fonctions lui seraient attribuées. "Certains voient en lui un maître rigoureux en matière de politique budgétaire, d'autres un redistributeur généreux doté d'un important budget", a-t-il indiqué. "Une telle fonction doit  s'intégrer dans le cadre global." Pour cela, il existe deux possibilités : d'une part un recentrage sur le cadre de Maastricht avec ses limitations de responsabilité et règles claires, ou une union budgétaire avec un large transfert de souveraineté au niveau européen.

"La volonté de céder une partie de sa souveraineté est également faible chez ceux qui souhaitent davantage de responsabilité commune", a précisé M. Weidmann. Mais sans un équilibre entre l'action et la responsabilité, il ne sera pas possible, selon lui, d'établir une union budgétaire stable. "Si l'un commande et d'autres paient, la situation ne durera pas longtemps", a-t-il expliqué.

M. Weidmann a suggéré de tout d'abord se recentrer sur des projets communs qui apportent des progrès tangibles pour les citoyens, par exemple un marché commun pour des produits numériques. Mais la protection des frontières extérieures, la lutte contre le terrorisme, la migration, l'aide au développement, la protection du climat ou la suppression de niches fiscales offrent, selon lui, également des possibilités à cet égard.

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