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Leipzig | 14.11.2017

Weidmann : Ne pas poursuivre indéfiniment la politique monétaire actuelle

Selon l'avis du président de la Deutsche Bundesbank, Jens Weidmann, l'actuelle politique monétaire expansive de l'Eurosystème ne devrait pas être poursuivie indéfiniment. Pendant la crise, une politique expansive était certes, en principe, appropriée en raison de la faible pression sur les prix. Il est toutefois clair qu'il peut y avoir des divergences de point de vue quant à la question de l'étendue des mesures, des instruments à utiliser ainsi que des risques et effets secondaires liés à ces mesures", a déclaré M. Weidmann à l'occasion d'une manifestation organisée par le quotidien Leipziger Volkszeitung (LVZ). "Nous ne pouvons pas orienter notre politique monétaire sur ce qu'elle représente pour chaque individu dans ses différents rôles sociaux, mais nous avons un objectif, à savoir la stabilité des prix", a précisé M. Weidmann.

Il aurait été préférable de fixer une date définitive pour la fin des achats de titres souverains

Depuis la crise, les taux d'intérêt dans la zone euro sont à zéro. Le Conseil des gouverneurs de la BCE vient de décider en octobre de poursuivre les achats de titres souverains jusqu'en septembre 2018 au moins. Le volume des achats devra être réduit à partir de janvier de 60 à 30 milliards d'euros par mois.

Dans ce contexte, le rédacteur en chef du LVZ, Jan Emendörfer, qui a interrogé le président de la Bundesbank lors de ce forum des lecteurs, a posé la question actuellement très controversée, à savoir quand la BCE mettra fin à sa politique des taux d'intérêt à zéro. En ce qui concerne le programme d'achats de titres, M. Weidmann a déclaré  que "l'on peut bien entendu se demander si une date définitive pour la fin du programme d'achats de titres souverains n'aurait pas été préférable". Il voit cet instrument d'un œil critique, car il efface la frontière entre la politique monétaire et la politique budgétaire, ce qui rend de plus en plus difficile de mettre fin à la phase de politique monétaire expansive.

Un mandat étroit pour les banques centrales

Outre la politique monétaire européenne actuelle, la situation économique difficile de certains pays de la zone euro a été un autre sujet principal de l'entretien. Interrogé au sujet de la Grèce, M. Weidmann a expliqué pourquoi il était important que la politique monétaire ne s'oriente pas sur les intérêts nationaux de différents États membres.

Un enseignement important des années 1970 et 1980 est, selon lui, qu'une politique monétaire indépendante est mieux en mesure d'assurer la stabilité des prix. Dans une démocratie, cette indépendance est comme un corps étranger, a déclaré M. Weidmann. Pour ne pas saper le principe de démocratie, le mandat des banques centrales doit être strictement limité. "Si l'impression naît que nous sommes les acteurs de la politique économique et que nous intervenons dans les affaires de certains pays, nous mettons en question cette indépendance", a indiqué le président de la Bundesbank.

Un enseignement fondamental de la crise est que les pays doivent eux-mêmes maîtriser leurs problèmes. La communauté des États peut certes aider en amortissant des processus d'ajustement et ainsi faire gagner du temps. "Mais cela ne suffit pas pour résoudre les problèmes. Les problèmes ne peuvent être maîtrisés que par les différents pays eux-mêmes", a déclaré M. Weidmann.

Une monnaie stable et sûre

En réponse à la question s'il était théoriquement possible de revenir au deutsche mark, comme le revendique par exemple le parti AfD, M. Weidmann a écarté cette possibilité. "Les citoyens veulent que l'euro fonctionne et que nous leur offrions une monnaie stable", a indiqué le président de la Bundesbank. Par conséquent, il refuse de s'exprimer sur des spéculations sur ce qui adviendrait en cas de désintégration de la zone monétaire. "Ma tâche consiste à assurer la stabilité de l'euro en tant que monnaie. C'est la raison pour laquelle je siège au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE et c'est pour cette stabilité que la Bundesbank s'engage depuis 60 ans".

En ce qui concerne la discussion autour d'une éventuelle suppression de la monnaie fiduciaire, M. Weidmann a souligné que tant que les citoyens désiraient payer leurs achats en monnaie fiduciaire, la possibilité leur devrait être donnée. La Bundesbank offre aux citoyens différentes possibilités de paiement, dont une monnaie fiduciaire sûre et négociable. Il comprend très bien pourquoi beaucoup de personnes en Allemagne aiment payer en monnaie fiduciaire. Il s'agit en effet d'un mode de paiement sûr, simple et, pour les petits montants, moins cher que d'autres modes de paiement.

Questions du public

Le public qui, à la suite de l'entretien, a pu poser des questions au président de la Bundesbank, s'est également intéressé à des moyens de paiement alternatifs, comme les bitcoins. M. Weidmann s'est montré sceptique vis-à-vis de ces monnaies dites cryptiques. Une monnaie qui change constamment de valeur ne convient pas pour effectuer des paiements, a indiqué M. Weidmann. Elle est certes un bon produit de spéculation, mais un mauvais moyen de transactions. Les bitcoins représentent toutefois une technologie intéressante qui est également testée actuellement par la Bundesbank.

Un autre lecteur s'est montré inquiet en raison du haut niveau d'endettement de certains pays de la zone euro. M. Weidmann a exprimé sa compréhension pour cette inquiétude. Dans ce contexte, il a déclaré qu'il attirait depuis des années déjà l'attention sur le fait que les dettes des pays de la zone euro devraient être soutenables même lorsque les taux d'intérêt repartiront à la hausse et que la politique monétaire retournera à la normale. "C'est pourquoi il est si important pour nous, en tant que responsables de la politique monétaire, d'avoir une politique budgétaire solide au sein de la zone euro", a déclaré M. Weidmann. Par ailleurs, l'objectif doit être de pouvoir procéder – si nécessaire – à une restructuration des dettes d'un État sans que le système financier ne s'effondre.

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