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Francfort-sur-le-Main | 20.12.2017

Investir durablement ne signifie pas renoncer au rendement

Joachim Wuermeling, membre du Directoire de la Bundesbank a plaidé en faveur d’une définition de critères de durabilité pour les placements de fonds publics en Allemagne. "De tels critères ne seraient pas seulement une bonne chose pour la gestion de portefeuille. Sans aucun doute, ils constitueraient, vis-à-vis du public, un signal manifeste dans le sens de l’investissement durable", a exprimé M. Wuermeling. Dans ce processus, la Bundesbank est prête pour agir en tant que médiateur et facilitateur. Selon les mots de M. Wuermeling, l’investissement durable repose sur des motifs économiques sérieux et "n’est pas la cerise bio sur le gâteau pour celui qui en a les moyens".

La Bundesbank gère les portefeuilles de ceux qui l’ont mandatée pour ce faire. Sa tâche consiste à mettre en œuvre les stratégies d’investissement de ses mandants. Parmi eux, on notera les Länder, mais aussi la République Fédérale d‘Allemagne. Dans ce cadre, la banque centrale met à la disposition de ses clients son expertise du marché pour les conseiller, mais ne prend elle-même aucune décision sur les placements à effectuer. Depuis 2007, la Bundesbank met en œuvre des stratégies de placements durables pour différents mandants du secteur public.

Dans le cadre de cette première Journée du Portefeuille sur invitation de la Bundesbank, des représentants des Länder et de l’État fédéral ont débattu pour la première fois de la manière dont on pourrait susciter l’intérêt du public allemand pour ce thème d’avenir qu’est le placement durable. En fait, il s’agissait de trouver réponse à la question de savoir comment procéder pour qu’en dehors des objectifs classiques du placement patrimonial - rentabilité, sécurité et liquidité – des aspects ayant trait à l’environnement, au social et à la gestion d’entreprise soient pris en compte.

L’un n’exclut pas l’autre

Werner Schnappauf, membre du Conseil [allemand] pour le développement durable, s’est également prononcé en faveur de critères communs dans son exposé. L’Allemagne doit saisir l‘opportunité de fixer de plein gré ces critères, avant qu’ils ne soient imposés par une réglementation, a-t-il ajouté. "C’est le moment idéal pour faire entendre sa voix dans ce concert par une politique financière durable", a déclaré M. Schnappauf, en faisant allusion aux autres pays européens qui, dans ce domaine, sont déjà beaucoup plus avancés.

Malgré la diversité de produits et l’esprit novateur qui règnent sur le marché obligataire, il existe un fort potentiel de développement, selon Manuel Cseh, gestionnaire de portefeuille à la Bundesbank. En ce sens, l’offre reste souvent très inférieure à la demande, de sorte que de nouveaux émetteurs potentiels pourraient en tirer parti.

David Döhrmann, analyste de portefeuille à la Bundesbank, a souligné dans son exposé que la durabilité ne signifiait pas nécessairement renoncement au rendement. La comparaison entre les indices de valeurs dont l’activité est liée au développement durable et les indices boursiers classiques fait ressortir que les indices de valeurs durables évoluent au moins aussi bien si ce n’est mieux que les indices boursiers classiques. "L’investissement durable n’est pas une décision en faveur de l’un à l’exclusion de l’autre", a déclaré M. Döhrmann.

Alexander Bassen, professeur à l’université de Hambourg et membre du Conseil pour le développement durable, a étayé cette thèse. Il a présenté une analyse d‘environ 2000 études dont le sujet était de savoir si agir durablement avait un impact positif ou négatif sur la performance de l‘entreprise. Résultat étonnant de son point de vue : environ la moitié des études considérées ont fait apparaître un lien positif entre action durable et réussite financière, 90 % n’ont pour le moins pas constaté de lien négatif.

L’action durable n’a pas encore réussi à s’imposer

Pourtant l’action durable n’a pas encore réussi à s’imposer dans le secteur financier en Allemagne, constate M. Bassen. La France, les Pays-Bas, la Suisse, ainsi que la Grande-Bretagne sont nettement plus en avance en ce qui concerne tant les actifs sous gestion que la stratégie choisie. "En ce sens, l’Allemagne est encore à la traine derrière d’autres pays européens", tel est le bilan que fait M. Bassen.

Jens Spahn, secrétaire d’État au ministère fédéral [des Finances], a opposé aux explications de M. Bassen une série d’initiatives par lesquelles l’Allemagne est déjà engagée dans le secteur de la finance verte. Parmi elles figure le fonds créé en 2017 pour financer l’élimination des déchets nucléaires. Lors du développement d’une stratégie de placement pour ce fonds, les investissements durables ont joué un rôle important, a ajouté M. Spahn. La Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) se dédie elle aussi de manière intensive au thème de la finance verte. Au cours des dix dernières années, elle a consacré un montant de 250 milliards d’euros à la protection de l’environnement et du climat et est un acteur très engagé sur le marché des "green bonds", que ce soit comme investisseur ou comme émetteur.

Ne pas politiser les décisions de placement de l’État

Selon M. Spahn, une discussion est maintenant nécessaire pour mettre en évidence dans quelle mesure une intervention politique dans les décisions de placement pour le secteur public est vraiment voulue ou souhaitable. "En fin de compte, la décision en faveur d’un investissement durable est une décision de valeur", a affirmé M. Spahn. Sur le principe, tout le monde s’accorde à tenir compte de considérations de durabilité lors du placement de fonds de l’État. Mais lorsqu’il s’agit de la réalisation concrète, la situation est souvent bien différente. En particulier dans le domaine de la protection du climat, les opinions divergent fortement. "La question de fond est de déterminer jusqu’à quel point les décisions de placement de l’État et de ceux qui gèrent les deniers publics doivent être politisées", a conclu M. Spahn.

Tribune de Joachim Wuermeling parue dans "Die Zeit"

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