Le symbole de l'euro à Francfort-sur-le-Main

La Banque centrale européenne fête son vingtième anniversaire

La Banque centrale européenne (BCE) fête ses vingt ans. Le 25 mai 1998, les gouvernements des onze États membres participants nommèrent le président, Wim Duisenberg, ainsi que le vice-président et les quatre autres membres du directoire de la BCE, dont Otmar Issing, qui fut jusqu’alors l’économiste en chef de la Deutsche Bundesbank. Ils prirent leurs fonctions le 1er juin 1998, donnant ainsi naissance à la BCE. Une vidéo de la BCE retrace l’évolution historique qui a mené à la création de la BCE et de la monnaie unique, l’euro.

Le plan Werner en tant que pierre angulaire

L’idée d’une monnaie européenne unique était déjà née bien avant. Elle se développa lorsque le système dit de Bretton-Woods, le système monétaire international de taux de change fixes, commença à s’effriter. Pierre Werner, alors Premier ministre luxembourgeois, présenta au début des années 1970 un plan qui prévoyait d’introduire une monnaie unique dans l’ensemble des pays de la Communauté européenne jusqu’en 1980.

Quelques pays européens – au début l’Allemagne, la Belgique, la France, les Pays-Bas, l’Italie et le Luxembourg – convinrent tout d’abord en 1972 de créer le Serpent monétaire européen, à l’intérieur duquel les taux de change ne pouvaient pas fluctuer de plus ou moins 2,25 pour cent par rapport aux taux de change convenus. La cohésion fut cependant faible. Les divergences entre les taux d’inflation des pays participants étaient toutefois trop importantes et les réserves de change et les aides de financement réciproques trop insuffisantes pour éviter des appréciations et dépréciations continues ainsi que des sorties du système. Ces difficultés incitèrent la France et l’Allemagne à rechercher un système permettant d’une part des taux de change fixes, mais d’autre part également des ajustements temporaires plus importants, de manière à ce que des pays affichant une discipline globalement plus faible en matière d’inflation soient mieux intégrés.

En 1979, le Système monétaire européen (SME) remplaça finalement le Serpent monétaire. Au cœur du SME figurait la European Currency Unit (ECU) – l’Unité de compte européenne – qui fut utilisé en tant que moyen de calcul et de référence des taux de change ainsi que de moyen de paiement et de monnaie de réserve des banques centrales. Les pays participants fixèrent pour chaque monnaie un cours pivot vis-à-vis de l’ECU à partir duquel il fut possible de déterminer les cours pivots bilatéraux d’un couple de monnaies. La plupart des taux de change pouvaient fluctuer de plus ou moins 2,25 pour cent par rapport au cours pivot respectif. Il y eut cependant aussi plusieurs ajustements substantiels. Le SME a existé jusqu’à l’introduction de l’euro en 1999.

Recherche d’un équilibre entre les intérêts nationaux

Le SME exerça un double effet sur la création de l’Union économique et monétaire européenne (UEM). La politique de stabilité menée par la Bundesbank, par laquelle le deutsche mark devint la monnaie d’ancrage et d’orientation informelle au sein de ce système, joua un rôle important. Le SME promut d’une part une orientation générale vers une stabilité des pays participants : les pays à monnaie faible, en premier lieu la France, menèrent à partir de 1982 une politique monétaire et budgétaire plus restrictive afin d’abaisser les taux d’inflation élevés. Ils tentèrent ainsi d’éviter des dévaluations continues. Cette expérience conduisit à introduire des éléments stabilisateurs dans le cadre réglementaire de l’UEM, parmi lesquelles figuraient des accords sur la limitation des déficits budgétaires et de l’endettement des pays participants, l’indépendance de leurs banques centrales vis-à-vis d’instructions politiques ainsi qu’une interdiction aux banques centrales d’octroyer des crédits aux administrations publiques.

D’autre part, le SME resta fragile : les pays à monnaie faible ne furent en mesure de faire diminuer les taux d’inflation qu’en fixant des taux directeurs élevés, ce qui pesa sur la conjoncture et l’emploi. Pour certains pays, le maintien d’un taux de change stable par rapport au deutsche mark constituait donc une lourde charge. Cette charge renforça la volonté de créer une institution commune dont certains des pays participant au système espéraient un équilibrage des intérêts nationaux. En 1988 commencèrent les négociations en vue de créer l’UEM.

L’objectif : une monnaie unique

Le 7 février 1992, les chefs d’État et de gouvernement des douze États membres que comptait alors la Communauté européenne signèrent le traité de Maastricht. Environ 20 ans après le plan Werner, ce traité prévoyait d’introduire l’euro en tant que monnaie unique et de créer une union économique européenne. Chaque pays souhaitant adhérer à l’euro devait remplir les critères de convergence économique définis dans le traité de Maastricht.

Au cours des années qui suivirent, les pays préparèrent l’introduction de l’euro. Ils fondèrent en 1994 l’Institut monétaire européen (IME). Les membres de l’IME étaient les banques centrales des États membres de l’UE qui, à partir de ce moment, coordonnèrent leur politique monétaire. De l’IME est née, le 1er juin 1998, la BCE dont le siège est à Francfort-sur-le-Main, et qui constitue aujourd’hui conjointement avec les banques centrales nationales de l’UE le Système européen de banques centrales (SEBC). Le modèle de la Bundesbank servit de base à ce système : la BCE est indépendante des instances politiques, la stabilité des prix est son objectif prioritaire et le SEBC a une structure fédérale. Au début, la BCE visa un taux d’inflation inférieur à 2 pour cent pour atteindre son objectif de stabilité des prix et concrétisa plus tard cette définition par « inférieur à, mais proche de 2 pour cent ».

De la monnaie scripturale à une véritable monnaie

La monnaie unique fut tout d’abord introduite en 1999 sous forme de monnaie scripturale. En 2002, des billets de banque et des pièces en euros ont remplacé les monnaies nationales. L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal furent les premiers pays à introduire l’euro en tant que moyen de paiement légal. À partir de ce moment, la responsabilité pour la stabilité de la monnaie n’était plus assurée par les banques centrales, mais par l’Eurosystème. Celui-ci est composé des banques centrales nationales des pays de l’UE dont l’euro est la monnaie. En sa qualité de banque centrale de l’Allemagne, la Bundesbank fait partie de l’Eurosystème.