Weidmann lors de son discours au Übersee-Club Hamburg

Weidmann : Réduire le ratio d'endettement après la crise

Le président de la Deutsche Bundesbank, Jens Weidmann, a mis en garde contre des espoirs prématurés d’une reprise rapide de l’économie. « La reprise de notre économie prendra du temps », a-t-il déclaré dans un discours en ligne tenu devant le Übersee-Club Hamburg. La reprise dépendrait largement de l’évolution de la pandémie de coronavirus, et le nombre de nouvelles infections serait reparti à la hausse en Allemagne et dans des pays partenaires importants. Même si une recrudescence des infections ne conduisait pas à des mesures d’endiguement plus sévères, elle pourrait cependant – dans un scénario de risque – entraîner des dommages pour l’économie parce que les citoyens, par crainte pour leur santé, seraient plus prudents et réduiraient leurs contacts. Mais M. Weidmann a également averti que « les problèmes ne doivent pas encore davantage affecter l'économie par le biais d'un second tour de mesures. Il est par exemple important d’empêcher une grande vague de faillites d’entreprises. » Une telle vague pourrait briser des structures commerciales efficaces et détruire de nombreux emplois, et le nombre de défauts de crédit pourrait considérablement augmenter, ce qui induirait un risque pour la stabilité financière. 

Acte d’équilibre pour la politique économique et budgétaire

En matière de lutte contre les conséquences de la crise, la politique économique et budgétaire se trouvent en première ligne, a déclaré le président de la Bundesbank. Elles auraient les moyens appropriés et les pouvoirs démocratiques pour directement soutenir les citoyens et les entreprises. L’État se serait vigoureusement opposé au risque d’une spirale descendante dans l'économie en prenant de nombreuses mesures telles que des prêts relais, des reports d’impôts pour les entreprises ou les dispositions spéciales en matière d’allocations d'activité partielle. Dans ce contexte, l’État devrait toujours vérifier que le volume et la durée de ses programmes de soutien sont appropriés, mais aussi dans quelle mesure ils créent des incitations erronées. Ainsi, par exemple, les allocations d'activité partielle font l’objet de débats controversés. La plupart des économistes estiment certes que la prolongation des droits d’allocation à jusqu’à 24 mois est acceptable en période de crise. Mais finalement, l’État devrait réduire le risque que des entreprises utilisent l’allocation d'activité partielle pour préserver un modèle d’activité sans avenir. En contrepartie, il serait donc important d’examiner d’autres dispositions spéciales au lieu des allocations d'activité partielle, par exemple une prise en charge des cotisations sociales. D'une manière générale, la crise du coronavirus pousse la politique économique et budgétaire à procéder à un acte d’équilibre : « Il convient, à brève échéance, de soutenir l’économie, sans entraver la transformation nécessaire et sans perdre de vue les défis à plus long terme », a poursuivi M. Weidmann. 

Réduire le ratio d'endettement après la crise

La Bundesbank estime que la dette souveraine allemande fera un bond d’environ 60 pour cent de la performance économique vers 75 pour cent cette année. Selon l'avis de M. Weidmann, l'Allemagne est en mesure de supporter cette charge. Mais il serait important que toutes les mesures soient limitées dans le temps, parce que cela permettrait aux charges publiques de décroître. « La politique budgétaire ne devrait ni s’habituer à une orientation accommodante, ni compter sur le fait que les taux d’intérêt resteront durablement à un niveau aussi bas. Il est donc essentiel de réduire le ratio d'endettement élevé une fois que la crise sera surmontée », a déclaré M. Weidmann. La pandémie nous montre, selon lui, l’importance de finances publiques saines. Dans la crise du coronavirus, l’État aurait agi de manière rapide et intégrale. Mais, selon lui, il sera tout aussi important de trouver une sortie du mode de crise.  

Le financement par la dette doit rester une mesure de crise limitée 

En ce qui concerne les pays de l’UE encore plus durement touchés par la pandémie, M. Weidmann a signalé que l’on devait faire preuve de solidarité en cette période de crise aiguë. « L’étendue de ce soutien doit toutefois être définie par la politique qui possède la légitimité démocratique nécessaire », a précisé M. Weidmann. L’UE aurait décidé de créer un fonds de relance qui devrait aussi contribuer à renforcer la résilience des pays membres par le biais de réformes. « De telles réformes sont certes souvent peu populaires en général. Mais elles seraient aussi un signe de solidarité parce qu’elles soulageraient la communauté lors de la prochaine crise », a déclaré M. Weidmann. Le financement partiel par emprunt de l’UE, que M. Weidmann voit d’un œil sceptique, constitue l’élément neuf du plan de relance :  « Le financement par la dette du budget de l’UE devrait rester une mesure de crise clairement limitée et ne pas ouvrir la porte à un endettement durable de l’UE. En effet, l'Europe peut très bien fonctionner sans importants transferts entre les États membres. »

Les achats de titres souverains comprennent des risques

M. Weidmann a également appelé à la prudence en ce qui concerne d’importants achats de titres souverains par les banques centrales, étant donné qu’ils comprendraient le risque d’effacer la frontière entre la politique monétaire et la politique budgétaire. Ainsi, l'Eurosystème serait déjà devenu par les programmes d’achats le principal créancier des États, ce qui diminuerait les incitations à se doter de budgets solides. Pour M. Weidmann, il est donc important que le programme d'achats d’urgence face à la pandémie (PEPP) soit limité dans le temps et clairement lié à la crise : « Après la crise, les mesures d'urgence de politique monétaire devront être réduites », a souligné le président de la Bundesbank. Il conviendra, selon lui, de normaliser la politique monétaire en général lorsque les perspectives en matière de prix le rendront nécessaire.