Joachim Wuermeling

Wuermeling : Les réformes prudentielles introduites depuis la dernière crise valent de l’or

Selon l’avis de Joachim Wuermeling, membre du Directoire de la Deutsche Bundesbank, la situation du secteur bancaire est actuellement stable. Des capitaux excédentaires et des volants de fonds propres prévus par la réglementation prudentielle seraient disponibles pour élargir l’octroi de crédits et, le cas échéant, pour la prévention des risques. Jusqu’à présent, les activités opérationnelles et l’octroi de crédits fonctionneraient sans restrictions notables, a déclaré M. Wuermeling lors d’une conférence en ligne avec plus de 4 000 participants. M. Wuermeling a également profité de la conférence pour remercier les banques de leur soutien dans le cadre de l’octroi de crédits par la banque de développement KfW.

L’effort commun devrait maintenant porter sur le maintien de la stabilité dans le secteur financier. « La crise actuelle montre qu’en tant que superviseurs, nous avons tiré les enseignements appropriés de la dernière crise. Il s’est avéré que de nombreuses mesures, parfois vivement critiquées par les banques, valent aujourd’hui de l’or », a déclaré M. Wuermeling. Elles permettraient, selon lui, une certaine flexibilité prudentielle dans la crise actuelle, sans perdre de vue l’objectif de stabilité.

La conférence digitale avait pour but de permettre un échange entre banques, politique et superviseurs. Différents orateurs, issus de l’ensemble du pays, sont intervenus en ligne.

Accent sur les risques de crédits

La surveillance prudentielle devrait accorder une attention particulière aux risques de crédits qui se matérialiseront probablement de plus en plus à partir du troisième trimestre. M. Wuermeling considère toutefois que ces risques sont maîtrisables pour le moment. « Nous ne savons pas comment les provisions nécessaires évoluent. Mais le capital disponible est suffisant pour couvrir dans l'intégralité des ratios de provisions comme ceux que nous avons connu en 2003 à la suite de la bulle Internet ou en 2009 », a précisé M. Wuermeling. Il a toutefois mis en garde contre un « octroi de crédits aveugle » en cette période de pandémie. « Même s’il est nécessaire actuellement d’octroyer les crédits de manière rapide et efficace, il est clair pour nous, en tant qu’autorité prudentielle, que le principe de prudence doit continuer de s’appliquer en matière d’octroi de crédits. » Il ne conviendrait pas de créer des « charges polluées » qui affecteraient les banques probablement jusque loin dans le futur.

Weidmann : Des banques plus solides

Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, considère lui aussi que les banques sont plus solides qu’avant la crise financière de 2008. « Des enseignements ont été tirés de la crise. Les banques ont dû notamment augmenter leur ratio de fonds propres », a déclaré M. Weidmann lors de la même conférence. Depuis, le ratio de fonds propres de base des banques aurait environ doublé en Allemagne, passant d’à peu près 8 % en 2006 à 16,5 % à la fin de l’année passée. Les établissements en profiteraient aujourd’hui et seraient mieux en mesure d’absorber des pertes. Il a ajouté qu’il était également important que, contrairement à la crise financière il y a environ dix ans, les banques et les marchés financiers n'étaient pas cette fois-ci le point de départ de la crise.

Le secteur bancaire après la pandémie de Covid-19

En réponse à la question – posée dans un sondage en ligne – du changement le plus durable du secteur bancaire suite à la pandémie, la plupart des participants ont cité l’accélération de la digitalisation dans les opérations bancaires. M. Wuermeling a cependant souligné que d’autres défis, tels que les taux d’intérêt bas ou la faible rentabilité, n’avaient pas diminué non plus. Il est persuadé que « la structure du secteur bancaire changera – et peut-être plus rapidement que nous ne l’avons cru avant la crise. »