Le repli sur soi serait la pire des solutions Contribution de M. Jens Weidmann parue dans le magazine Focus

23.12.2016 | Jens Weidmann DE

Non à la mondialisation, oui au repli sur soi. C'est la conclusion abrégée que l'on pourrait tirer des récents évènements et évolutions : élections présidentielles aux États-Unis, vote en faveur du Brexit, campagnes contre des accords de libre-échange.

De plus en plus de personnes sont apparemment d'avis que notre système économique ne tient plus sa promesse de prospérité, se sentent menacées par la pression concurrentielle ou craignent même un déclin social. Le fait qu'une économie profite, dans son ensemble, de la mondialisation, ne signifie justement pas que chaque salarié et chaque entreprise en tire, en fin de compte, un avantage concret. Le repli sur soi et le protectionnisme seraient cependant des réponses erronées aux craintes compréhensibles des citoyens.

En effet, la mondialisation n'est pas un jeu à somme nulle. Au contraire : le commerce international fait augmenter la prospérité. Le commerce favorise la diffusion d'idées nouvelles et productives ainsi que de produits innovants et meilleurs et permet à chacun de faire ce qu’il sait faire le mieux. Finalement, le commerce augmente la productivité, ce qui entraîne habituellement une hausse des salaires. Les économies ouvertes ont par conséquent un niveau de vie plus élevé que celles qui sont fermées.

Mais la mondialisation demande aussi d'importants efforts de la part des citoyens, car pour saisir leurs chances, les économies doivent s'adapter à des conditions-cadres qui changent en permanence. Cela brise des structures existantes et crée de l'incertitude.

Donc, que faire pour empêcher que de plus en plus de citoyens se sentent comme les perdants de cette évolution ? Tout d’abord, une bonne formation et un apprentissage tout au long de la vie sont essentiels. La capacité d'adaptation ne se limite toutefois pas aux salariés. La pression issue de la concurrence internationale oblige également les entreprises à agir de manière flexible.

Outre la formation, les gouvernements nationaux ont encore d’autres possibilités d'intervenir. Ils peuvent ainsi par exemple faciliter les créations d'entreprises ou simplifier la sortie du marché d'entreprises non rentables et non viables. Il convient également de penser à la législation en matière du marché de travail, qui devrait permettre et non pas freiner un changement structurel. Une utilisation ciblée de moyens de l'État social permet finalement d'atténuer les situations sociales difficiles qui peuvent aller de pair avec la mondialisation et le progrès technique.

Une coopération constructive entre les nations est tout aussi importante que la politique nationale – et c'est là que le G20 joue un rôle essentiel. "Une crise globale nécessite une solution globale." C'est de cette manière aussi simple que les chefs d'État et de gouvernement des principaux pays industriels et émergents ont, en avril 2009, résumé l'importance de leur coopération. Bien qu'étant un groupement informel – ou peut-être précisément pour cette raison – le "Groupe des vingt" est à l'origine d'importantes impulsions.

Suite à la crise financière, le G20 est devenu un forum central en matière de coopération économique internationale. Ses membres ont non seulement réussi à établir des règles communes pour rendre le système financier plus résilient. Ils ont également résisté à la tentation de réagir par des mesures protectionnistes et de déclencher éventuellement une guerre commerciale. Cela est un grand mérite.

Début décembre, l'Allemagne a pris la présidence du G20 pour une durée d'un an. Le ministère fédéral des Finances et la Deutsche Bundesbank sont responsables de l'agenda en matière de politique financière. Nous allons ensemble nous engager à ce que le G20 maintienne son attachement en faveur de marchés ouverts avec une concurrence loyale, que des réformes soient initiées pour relancer la croissance et l'emploi et que les États se fixent comme objectif des finances publiques d'une solidité durable.

Mais la tâche d'une présidence du G20 ne se limite pas à poursuivre et à développer des processus entamés. Il s’agit toujours aussi d'introduire ses propres et nouvelles priorités. Nous attachons une grande importance à renforcer la résilience économique des États membres. Un bon système immunitaire n'empêche certes pas de tomber malade, mais permet de se remettre plus vite. La crise a montré que de nombreuses économies n'avaient que des faibles capacités de résistance et qu'elles ont donc mis longtemps à surmonter leur faiblesse due à la crise. La présidence allemande suggère de développer des principes communs qui donnent une orientation aux pays du G20 pour renforcer leur résilience économique.

La promotion des investissements en Afrique constitue la deuxième priorité de la présidence allemande du G20. Un continent africain politiquement stable et économiquement prospère est dans l'intérêt du monde entier et surtout de l'Europe, ce qu'ont fait apparaître les récents mouvements migratoires. Pour y soutenir un développement durable, il faut de meilleures conditions-cadres pour des investissements privés, par exemple par le biais d’une plus grande sécurité juridique, d’une imposition fiable et des risques d'investissement réduits grâce à des garanties internationales.

Notre troisième priorité est accordée au thème de la numérisation du secteur financier. L'essor rapide des innovations technologiques dans le domaine financier offre la grande possibilité de rendre les opérations monétaires plus rapides, plus simples et plus économiques. Mais il revêt aussi des risques. Ainsi, la dépendance accrue vis-à-vis d'infrastructures techniques rend notre système financier vulnérable à des attaques informatiques.

"En ce qui concerne l'économie mondiale, elle est imbriquée", se moquait Kurt Tucholsky il y a déjà 85 ans ; et cela vaut plus que jamais. Défaire les liens qui unissent l'économie mondiale n'est pas un objectif judicieux. Façonner la mondialisation pour le bien de tous et prendre au sérieux les craintes des citoyens, par exemple celle de perdre leur emploi, telle est la tâche. Et c'est sur la réussite de cette tâche que sera jugée l'Allemagne avec sa présidence du G20.