Regard passé porté sur l’avenir Paroles de bienvenue à l’occasion de la cérémonie de changement de présidence à l’administration régionale en Bade-Wurtemberg

27.09.2019 | Stuttgart | Jens Weidmann DE EN

1 Paroles de bienvenue

Madame le Ministre Eisenmann,
Cher Monsieur Völter,
Cher Monsieur Sibold,
Chère Madame Staab,
Chers invités,

Je vous souhaite la bienvenue à cette cérémonie à l’occasion du changement de présidence à l’administration régionale en Bade-Wurtemberg. Le fait d’avoir été aussi nombreux à donner suite à notre invitation est un signe de votre grande estime surtout envers M. Sibold. Je me réjouis d’en être témoin. Mais je ne suis pas surpris, car je partage votre estime.

Mais c’est le duo de rappeurs « Kleister » qui devrait vous avoir surpris davantage. Vous ne vous êtes certainement pas attendus à une telle introduction musicale à la Bundesbank. Je voudrais remercier les musiciens pour leur prestation impressionnante et vous révéler la chose suivante : M. Sibold a proposé « Kleister » et nous en expliquera plus tard les raisons. « Rétrospective », tel était le titre du morceau que nous venons d’entendre et qui me fournit maintenant le mot-clé pour mon discours.

2. Carrière de Bernhard Sibold

Cher Monsieur Sibold, votre choix musical nous montre un aspect de votre personnage : jusqu’à la fin de vos 39 années passées au sein de la Bundesbank, vous avez toujours été ouvert aux nouveautés. Camper par commodité sur les acquis n’a jamais été votre affaire. Vous avez plutôt toujours conçu les changements avec circonspection, selon la devise : il faut accepter les changements si l’on veut obtenir des améliorations.

Votre premier contact avec la Bundesbank remonte à l’époque où vous étiez un apprenti banquier : au début des années 1970, vous transportiez des centaines de milliers de marks de votre succursale de la Volksbank à la succursale de la Bundesbank. Aujourd’hui, les responsables de tels transports se sentent dans l’obligation de prendre des mesures de sécurité plus importantes que de confier ces montants à un jeune homme certes très sportif, mais plutôt mal préparé à une telle tâche.

Après votre service militaire et des études en gestion d’entreprise à l’université de Mannheim, vous avez débuté votre carrière à la Bundesbank en tant que stagiaire à la Landeszentralbank en Bavière, pour ensuite être muté, en 1993, à Stuttgart. Sur ces 26 années ici, vous étiez durant 14 ans président de l’administration régionale. Pour mettre cela en perspective, je voudrais vous rappeler que lors de votre prise de fonctions, Gerhard Schröder était encore chancelier fédéral. Travailler pendant une période prolongée au siège de la Bundesbank est une chose que vous avez évitée avec succès tout au long de votre carrière. À vous voir, cela semble vous avoir réussi.

Mais même sans cela, votre vie professionnelle fut mouvementée, puisque vous avez vécu trois changements essentiels que vous avez contribué à façonner. Lorsque les nouveaux Länder furent intégrés en 1992, le nombre de Landeszentralbanken s’éleva pour la première fois à onze et, pour la première fois, certaines furent responsables de plusieurs Länder. En même temps, leur nombre fut réduit de onze à neuf. Lors de cette consolidation, vous étiez plutôt observateur en Bavière.

Un fait nettement plus marquant pour la banque et vous-même fut la réforme structurelle dix ans plus tard. Elle apporta l’adaptation nécessaire suite à la création de l’Eurosystème. Monsieur Sibold, vous étiez alors à Stuttgart où vous faisiez progresser la transformation de la Bundesbank en une organisation moderne et efficace. Dans ce contexte, vous avez toujours aussi tenu compte des besoins des agents.

Encore douze ans plus tard, en novembre 2014, fut créé le mécanisme de surveillance unique. En tant que représentant des présidents des administrations régionales, vous avez participé aux délibérations du Directoire concernant la mise en œuvre du nouveau mécanisme de surveillance dans notre banque et avez contribué à ce changement avec beaucoup de savoir et de discernement. Aujourd’hui, presque cinq ans après l’entrée en vigueur du nouveau régime, nous pouvons affirmer que cela en valait la peine. La qualité de la surveillance a atteint un niveau supérieur. Et la surveillance commune est un élément important de l’intégration européenne.

Mais vous n’avez pas uniquement œuvré à l’intérieur de la banque. Bien au contraire : vous étiez un ambassadeur très engagé de la Bundesbank, voix et visage de la Bundesbank en Bade-Wurtemberg. Dans ce contexte, la place financière vous tenait particulièrement à cœur. En 2001, vous avez lancé pour elle une nouvelle série de manifestations intitulées « Le monde financier invité à la Deutsche Bundesbank ». Ces manifestations réunissent plusieurs fois par an de nombreux acteurs de la place financière pour procéder à des échanges à ce point importants aujourd’hui – à Stuttgart, mais aussi dans les succursales. M. Völter va dans un instant aborder plus en détail l’engagement que vous avez témoigné en faveur de la place financière en tant que membre du comité consultatif de Stuttgart Financial.

3. Causes éventuelles de la hausse des prix modérée

Parmi vos tâches en tant qu’ambassadeur de la Bundesbank figurait aussi celle d’expliquer la politique monétaire et l’évolution des prix. En portant un regard en arrière sur votre longue carrière, nous pouvons affirmer que les temps ont considérablement changé. Lorsque vous avez joint la Bundesbank, le taux d'inflation s’élevait en Allemagne, à l’issue du deuxième choc pétrolier, à plus de 5 pour cent. Dans d’autres pays européens, il était encore plus élevé, aux États-Unis même à deux chiffres. Et le président de l’époque de la Réserve fédérale, Paul Volcker, s’apprêtait juste à tenter de maîtriser l’inflation.

Aujourd’hui et dans un passé plus récent, le problème est plutôt le suivant : nous ne sommes pas confrontés à une inflation trop élevée, mais n’atteignons pas le but que nous nous sommes fixé en raison d’une pression sur les prix domestiques insuffisante. Depuis 2013, les prix à la consommation dans la zone euro ont augmenté en moyenne de 0,9 pour cent par an. Dans la période de 2014 à 2016, le taux d’inflation moyen n’était même que de 0,3 pour cent. Pour vous, les citoyens et citoyennes, cette modeste hausse des prix ne constitue d’abord pas un problème. Vous vous étonnez peut-être des banquiers centraux à la recherche de l’inflation et de la grande roue qu’ils font tourner pour la retrouver. Mais le Conseil des gouverneurs de la BCE s’est fixé pour objectif d’atteindre à moyen terme un taux d’inflation inférieur à, mais proche de 2 pour cent. Cependant, si cet objectif est continuellement manqué, il existe le risque que la crédibilité de notre politique monétaire souffre et que les anticipations d'inflation diminuent. Avec des taux d’intérêt nominaux inchangés, les taux d'intérêt réels augmentent alors, l’économie est encore plus affaiblie et la pression sur les prix pourrait encore diminuer. Mais pour moi il est important que le Conseil des gouverneurs de la BCE n’ait délibérément pas davantage concrétisé la formulation à moyen terme de son objectif politique. Cela devrait nous donner la souplesse pour tenir compte des différents décalages d’effets et, le cas échéant, d’attendre, s’il y a de bonnes raisons pour le fait que la hausse des prix ne s’accentue que progressivement.

Au cours des dernières années, la forte baisse des prix du pétrole brut et d’autres matières premières a certainement contribué par moments aux taux d'inflation bas. Mais aussi le taux d’inflation sous-jacente, donc le taux d’inflation hors énergie et produits alimentaires, était lui aussi atténué de manière frappante. Une des causes principales étaient les répercussions de la crise financière et de la crise des dettes souveraines.[1] Le taux de chômage dans la zone euro a culminé en 2013 à un niveau de 12 pour cent. Cela a freiné l’évolution des salaires, d’autant plus que les économies particulièrement concernées amélioraient leur compétitivité aussi par une modération salariale. Non seulement en zone euro, mais aussi dans d’autres économies avancées, l’inflation semble plus ou moins avoir disparue : il est question de l’inflation manquante.

Au-delà des causes cycliques, cela pose la question de savoir si les liens et déterminants de base se sont déplacés. Dans ce contexte, de profonds changements tels que la digitalisation et la mondialisation sont régulièrement évoqués.

Rendez-vous compte : lorsque Monsieur Sibold débuta en 1980 auprès de la Bundesbank à Munich, il n’y existait aucun ordinateur personnel. Mais la banque n’était en rien en retard, puisque le premier ordinateur personnel d’IBM n’est apparu sur le marché qu’en 1981. Le premier ordinateur personnel fut installé en 1984, et un an plus tard, Monsieur Sibold devait motiver dans une note de plusieurs pages pourquoi l’achat d’un deuxième ordinateur personnel était opportun pour la Landeszentralbank en Bavière. Je me permets de citer de cette note de quatre pages, parce qu’elle illustre bien la clairvoyance et l’ouverture d’esprit vis-à-vis des nouvelles technologies que Monsieur Sibold s’est conservées tout au long de sa carrière. À l’époque, il argumenta de la manière suivante : « L’utilisation des ordinateurs personnels installés en décembre 1984 a donné de bons résultats. […] L’ordinateur personnel en tant qu’outil de travail permet non seulement de mieux accomplir les tâches actuelles, mais aussi d’aborder des problèmes dont la résolution semblait jusqu’à présent irréaliste. »

Depuis, les technologies digitales sont omniprésentes – dans la vie professionnelle tout comme dans la vie privée. Et laisse supposer que cela influe sur l’évolution des prix, et ce de manières multiples. En effet, les recherches menées à ce jour font apparaître que le changement digital semble en définitive avoir freiné l’inflation. Mais l’effet global est considéré comme étant plutôt faible.[2] Derrière cela se trouvent parfois des effets en sens inverse par le biais de différents canaux. Tout d’abord, les technologies digitales permettent aux entreprises d’améliorer leur productivité. Elles peuvent produire à des coûts moins élevés, ce qui signifie, dans le cas d’une concurrence effective, une baisse des prix pour le consommateur. La transparence accrue du marché a pour conséquence davantage de concurrence ainsi que davantage de pression sur les marges et les prix. Les consommateurs peuvent, moyennant quelques clics, avoir un aperçu sur l’ensemble du marché. Mais nous observons en particulier sur les marchés digitaux une tendance vers des monopoles naturels qui découle d’effets de réseau : plus le nombre d’utilisateurs d’une plateforme est important, plus elle devient attrayante pour de nouveaux utilisateurs, ce qui crée des « entreprises vedettes » en mesure de profiter de leur pouvoir de marché pour imposer des prix plus élevés.

Outre la digitalisation, la mondialisation devrait avoir influencé la pression sur les prix. Elle a apporté de nouveaux concurrents issus des pays émergents, et le volume du commerce mondial a été multiplié par plus de sept depuis 1980. Cela pose la question de savoir dans quelle mesure les liens traditionnels, par exemple celui entre les salaires et les prix, sont encore valables. La Bundesbank s’est penchée sur cette question concrète dans son récent Rapport mensuel pour l’Allemagne.[3]

Dans ce contexte, il convient de tenir compte du fait qu’une hausse des salaires n’entraîne pas automatiquement des prix plus élevés. Les entreprises peuvent réagir à des hausses de salaires de manières très différentes. Une augmentation des prix pour le consommateur ne constitue qu’une option. Ainsi, les entreprises pourraient aussi accepter une marge de bénéfice plus faible ou réduire le volume de travail et donc les coûts. Pour évaluer le comportement typique, des études économétriques ont été nécessaires. Elles sont parvenues à la conclusion qu’une hausse des coûts salariaux en Allemagne de 1 pour cent augmentait les prix à la consommation d’environ 0,3 pour cent.

Et ce transfert sur le consommateur a effectivement diminué depuis les années 1970. Différents facteurs peuvent y avoir contribué, dont justement une concurrence accrue en raison de la mondialisation. Depuis la crise financière des années 2007/2008, le transfert n’a que faiblement diminué et était au dernier recensement largement stable.

Par ailleurs, nos analyses montrent que la transmission des hausses de salaires peut s’étendre sur plusieurs années. Dans cette optique, la lente consolidation actuelle de la hausse des prix ne devrait pas nous surprendre en principe. Une étude de la BCE montre que ce phénomène touche également d’autres économies importantes dans la zone euro.[4] Par ailleurs, la transmission dans un environnement de taux d’inflation bas pourrait même durer encore un peu plus longtemps que dans des circonstances habituelles.

Somme toute, il y a de bonnes raisons de penser que le renforcement de la croissance salariale en Allemagne au cours des dernières années tout comme dernièrement dans la zone euro devrait contribuer à une hausse progressive des prix. Pris isolément, cela rapprochera le taux d’inflation de nouveau de l’objectif politique de l’Eurosystème.

4. Conjoncture et politique monétaire

La dynamique de l’économie a toutefois fortement baissé depuis le début de 2018. Cela vaut encore plus pour l’Allemagne que pour nos pays partenaires dans l’Union monétaire. En effet, surtout les investissements et les échanges mondiaux ont perdu de leur élan, ce qui touche particulièrement l’industrie exportatrice allemande. De plus, l’économie mondiale est ralentie par les tensions dans la politique commerciale internationale. D’une part, des nouveaux droits de douane freinent directement les flux transfrontaliers de biens. D’autre part, les différends minent la confiance des entreprises. L’incertitude persistante est encore renforcée par d’autres risques politiques. Ainsi, il existe toujours le risque que le Royaume-Uni puisse quitter sans accord l’Union européenne. Et le récent attentat contre l’industrie pétrolière en Arabie Saoudite fait clairement apparaître les risques issus des conflits géopolitiques latents.

Face à l’évolution languissante de la demande extérieure, nous pouvons constater une amélioration continue du marché du travail dans la zone euro. Ainsi, le taux de chômage a baissé jusqu’en juillet à 7,5 pour cent et n’était donc plus qu’à 0,2 point de pourcentage au-dessus de son niveau le plus bas avant la crise. La hausse persistante d’une part du nombre d’actifs en emploi et d’autre part des salaires soutient l’augmentation de la consommation. En même temps, les ménages et les entreprises continuent de profiter des conditions de financement toujours très favorables.

Il y a deux semaines, les experts en matière conjoncturelle de la BCE ont légèrement revu à la baisse les projections de croissance dans la zone euro. C’est pourquoi ils se sont attendus à ce que la hausse des prix se consolide un peu moins vite qu’ils ne l’avaient encore prévu il y a quelque temps. Un retour durable du taux d’inflation dans la zone cible d’une valeur inférieure à, mais proche de 2 pour cent, est donc reporté pour un certain temps.

Dans cette perspective, le Conseil des gouverneurs de la BCE a encore assoupli la politique monétaire déjà très expansive. Il a entre autres été clairement fait comprendre qu’il ne fallait pas compter, pour une période prolongée, sur une hausse des taux d’intérêt, et le taux de la facilité de dépôt a encore été abaissé de 10 points de base à ‑0,5 pour cent. Compte tenu de la dégradation des perspectives d’inflation, j’ai considéré que cette baisse était justifiée. Mais le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé un paquet de mesures que j’ai estimé, dans son ensemble, comme allant trop loin. Dans ce contexte, je vois surtout d’un œil critique la reprise des achats nets d’actifs, le tout dans le but de faire encore davantage abaisser les taux d’intérêt à des niveaux négatifs pour les titres d’emprunt à long terme. En raison des importants achats de titres souverains, la frontière entre la politique monétaire et la politique budgétaire risque de se brouiller. La capacité des marchés financiers à discipliner la politique budgétaire devient de plus en plus faible, et les incitations à l’épargne diminuent.

5. Indépendance de la banque centrale

Entre temps, les banques centrales sont devenues les principaux créanciers des États membres. L'amalgame croissant entre la politique monétaire et la politique budgétaire est un point sensible, notamment eu égard à l’indépendance des banques centrales, et certaines des mesures d’urgence prises au cours des dernières années ont également suscité des convoitises politiques. « La banque centrale indépendante, un modèle en voie de disparition », tel était le titre qu’avait choisi récemment le journal « Börsenzeitung » pour un article – à noter sans point d’interrogation.[5]

Permettez-moi dans ce contexte, de revenir une dernière fois en arrière. Lorsque Monsieur Sibold débuta sa carrière, une banque centrale indépendante était plutôt l’exception que la règle. Pourtant, il s’était avéré en particulier dans les années 1970 – l’époque de la « Grande Inflation » – que des banques centrales indépendantes étaient mieux en mesure de maîtriser l’inflation que d’autres orientées par les responsables politiques. Avec en moyenne 5 pour cent, le taux d’inflation en Allemagne était à l’époque également relativement élevé, mais sensiblement plus bas que celui dans d’autres pays industrialisés – à l’exception de la Suisse, dont la banque centrale était elle aussi très indépendante. Aux États-Unis par exemple, le renchérissement était en moyenne de 8 pour cent, en France de 10 pour cent, en Italie et au Royaume-Uni de 14 pour cent. Cette expérience a aussi contribué à ce qu’au cours des décennies suivantes de nombreuses banques centrales obtinrent le mandat d’assurer la stabilité des prix et furent à cette fin rendues indépendantes. En effet, plus la politique a d’influence sur les décisions de la banque centrale, plus le risque est grand que la banque centrale accepte des compromis aux dépens de la stabilité des prix.

Mais dans de nombreux pays, la politique tente maintenant de plus en plus fortement d’influencer la politique monétaire et de l’utiliser à des fins autres que celle d’assurer la stabilité des prix, par exemple en demandant explicitement de financer des investissements en faveur de la transition écologique de l’économie par la politique monétaire ou en prônant la Modern Monetary Theory avec sa domination budgétaire. Je ne voudrais même pas parler des tirades diffusées sur Twitter par le président américain.

Certains semblent penser qu’aujourd’hui, l’indépendance de la banque centrale est inutile. Le conflit classique entre la stabilité des prix et d’autres objectifs de la politique économique aurait, selon eux, perdu en importance. Ils considèrent que la politique monétaire et la politique budgétaire ne sont aujourd’hui plus antagonistes, mais qu’ils devraient unir leurs efforts, ce qui implique que la politique monétaire devrait se soumettre à la politique. Cet argument ne tient toutefois pas compte du fait que ce chevauchement des intérêts n’est pas de durée. Au plus tard, lorsque la stabilité des prix est rétablie, la politique monétaire doit être en mesure de prendre la décision autonome de réduire son stimulus. Et il serait naïf de croire que la politique abandonnera alors son influence sur la banque centrale ou accorderait d’elle-même la priorité à la stabilité des prix. C’est pourquoi l’indépendance de la politique monétaire, dotée d’un mandat clair, demeure une base essentielle pour continuer d’assurer la stabilité des prix.

Dans cette perspective, il est d’autant plus important que les banques centrales interprètent leur mandat de manière étroite. Car, en principe, une institution étatique indépendante est en effet un corps étranger dans une démocratie. Une exception est faite notamment pour l’objectif de la stabilité des prix. En cas d’interprétation large du mandat, l’indépendance sera un jour ou l’autre à juste titre remise en question.

6. Conclusion

Mesdames et Messieurs, permettez-moi d’en venir à ma conclusion, non sans, cher Monsieur Sibold, vous remercier chaleureusement. Nous tous ici présents vous avons toujours connu comme un banquier central responsable et en même temps passionné. Vous avez représenté la Bundesbank en Bade-Wurtemberg avec une grande force de persuasion et un grand rayonnement. Avec votre engagement exceptionnel, vous avez acquis ici, mais aussi dans toute la Bundesbank, le respect et la reconnaissance. Vous avez toujours montré une grande estime vis-à-vis de vos collaboratrices et collaborateurs. Vous les avez écoutés et ensemble, vous avez fait bouger les choses. Vous avez, ici à Stuttgart, depuis longtemps appliqué le style de direction qui m’importe tant depuis mon premier mandat à la présidence et que nous avons fermement ancré dans la banque avec nos principes de direction. Je vous remercie – également au nom du Directoire – très chaleureusement pour les presque 40 années au service de la Bundesbank et d’une monnaie stable. Vous remettez à votre successeur, Madame Staab, une administration régionale avec ses six succursales qui fonctionne parfaitement. Et vous laissez un dense réseau de relations nouées autour de la Bundesbank.

Chère Madame Staab, je vous souhaite beaucoup de succès dans vos tâches, ici à Stuttgart. Avec votre ouverture d’esprit, votre sens de la communication et votre énergie, vous disposez déjà d’importantes qualités personnelles. Vous vous êtes fait un nom dans le domaine de la digitalisation. Et le titre de votre troisième ouvrage, que vous venez de publier avec le directeur du département des statistiques de la Bundesbank, Monsieur Stahl, évoque également votre énergie : En effet, l’ouvrage porte le titre : « Donʼt worry, be digital ». Une attitude qui nous sera certainement utile à la Bundesbank pour accomplir le changement digital.

Cher Monsieur Sibold, j’ai de la peine à m’imaginer la Bundesbank sans vous. Mais j’espère quand même que vous pouvez concevoir une vie sans la Bundesbank. Vous allez d’une part continuer à apporter vos capacités analytiques et communicatives, à savoir en tant que président du Conseil universitaire de l’université de Tübingen. D’autre part, vous étiez également apprécié à la Bundesbank comme étant un amateur et connaisseur de vins de Bade. Vous pourrez désormais consacrer davantage de temps à votre passion pour l’art, la culture et la gastronomie. Permettez-moi de revenir au morceau de musique que nous avons entendu au début et à ses paroles : « Oui, les gens viennent et repartent, oui, le temps ne s’arrête jamais. […] Ne nous lamentons pas sur la perte de temps. […] Profitons de l’heure bleue ». L’heure bleue, l’heure du crépuscule, est une période de transition. Vous vous apprêtez à vivre une transition, cher Monsieur Sibold.

Et je vous souhaite que ce soit une transition vers une retraite comblée.

Je vous remercie de votre attention.

Notes de bas de page:

  1. Ciccarelli, M.et C. Osbat (éd., 2017), Low inflation in the euro area : Causes and Consequences, ECB Occasional Paper, n° 181.
  2. Ciccarelli, M. et C. Osbat (éd., 2017), op.cit., case 3; Charbonneau, K., A. Evans, S. Sarker et L. Suchanek, Digitalization and Inflation: A Review of the Literature, Bank of Canada, Staff Analytical Note, 2017-20.
  3. Deutsche Bundesbank, Zum Einfluss der Löhne auf die Preise in Deutschland: Ergebnisse ausgewählter empirischer Analysen, Rapport mensuel, septembre 2019, p. 15-39.
  4. Bobeica, E., M. Ciccarelli et I. Vansteenkiste (2019), The Link between Labor Cost and Price Inflation in the Euro Area, ECB Working Paper, n° 2235.
  5. Börsenzeitung, 24.8.2019.