Une communautarisation de la politique budgétaire dans l’Union monétaire n’est pas prévue Entretien pour le supplément „Wohlstand für Alle – Vorteil Marktwirtschaft“ de Ludwig-Erhard-Stiftung

Les questions ont été posées par Dorothea Siems.
Traduction: Deutsche Bundesbank

Au cours de la crise de coronavirus, l’équilibre entre l’État et l'économie se déplace. Faut-il que l’État – dans l’optique des grandes tâches futures – joue durablement un rôle plus important ?

Il était approprié que l'État soit intervenu massivement au cours de la pandémie pour soutenir les citoyens et l’économie. En même temps, il s’est avéré précisément dans la crise à quel point notre système économique était innovateur. L’exemple du développement des vaccins illustre que le rôle de l’État et son soutien ne pouvaient justement pas être jugés uniquement en fonction du montant des dépenses publiques. La recherche fondamentale a pu être réalisée grâce à une aide financière de l’État et dans des universités publiques. Mais nous devons ce succès rapide aux entrepreneurs courageux qui ont développé des vaccins sur la base de cette recherche. L’État est responsable des conditions-cadres et est en charge par exemple de l’infrastructure, d’une bonne formation et de la promotion de la recherche. Mais il devrait appartenir à l’économie privée de développer et de proposer des produits convaincants.

Est-ce que cela vaut aussi pour le changement climatique ? La chancelière fédérale, Angela Merkel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont déclaré lors du Forum économique mondial de cette année que l'État devait davantage intervenir dans ce domaine.

Cela n’a rien de contradictoire. Pour obtenir une protection efficace du climat, les émissions de CO2 doivent être tarifées de manière appropriée afin que les personnes adaptent leur comportement en conséquence. Actuellement, la tarification des émissions de CO2 ne reflète qu’insuffisamment les effets sur le climat. À ce niveau, l’État peut intervenir par le biais de quotas d’émission ou d’une taxe carbone. Le mécanisme des prix est très efficace et efficient. Il devrait par conséquent jouer un rôle-clé dans la résolution du problème. Un chemin ambitieux et crédible visant à réduire les émissions ainsi qu’une coopération internationale en ce qui concerne les effets transfrontaliers sont toutefois également essentiels.

Les grands groupes informatiques ont leur siège aux États-Unis ou en Chine. L'Allemagne et l’UE devraient-elles miser sur une politique industrielle stratégique afin de promouvoir des champions similaires disposant d’une certaine position de monopole ?

En général, les monopolistes ne sont pas plus innovateurs que les entreprises soumises à la concurrence. Peut-être vous souvenez-vous de l’époque où il y avait encore en Allemagne un monopole pour les télécommunications. Ce n’est qu’avec la concurrence que l’offre s’est énormément améliorée et que de nouveaux services sont apparus – et ce avec une baisse des prix. Quelles seraient les chances de succès si l’on créait une deuxième Silicon Valley dans les environs de Stuttgart ou ailleurs dans le pays ? La crise a montré que nous avions des entreprises de pointe dans des secteurs importants. Pour favoriser la création d’encore davantage de telles entreprises innovantes, il conviendrait par exemple d’améliorer les conditions pour le capital de risque ou les coopérations de recherche entre les universités et les entreprises.

La pandémie laisse de profondes traces dans le budget de l’État. La viabilité des finances publiques est-elle menacée ?

Non. Nous avions une position de départ relativement favorable, et les charges devraient pour la plupart être temporaires. La crise a révélé combien il était important d’être capable d’agir de manière ad hoc sur le plan budgétaire. En même temps, nous devons relever de grands défis budgétaires, notamment pour faire face à l’évolution démographique. C’est pourquoi nous devons, après la pandémie, retrouver une trajectoire budgétaire solide.

Le frein à l’endettement ne fait-il pas obstacle à des investissements ?

Pas du tout. Tout d’abord, le frein à l’endettement a fait ses preuves et n’a pas entravé la réponse budgétaire massive face à la pandémie. Les dépenses publiques – abstraction faite des dépenses d’intérêts – ont considérablement augmenté ces dernières années par rapport à la performance économique et se situeront après la crise probablement à de nouveaux niveaux records. Il s’agit en fin de compte plutôt d’une question de priorités que de financement de la dette.

Il est bien sûr possible d’adapter le frein à l’endettement et de tenir compte également des investissements. Mais il serait important de trouver une conception du frein qui continue de soutenir de manière fiable des finances publiques saines. Je ne suis pas sûr que l’on y parviendrait en fin de compte. En tout cas, la politique monétaire commune doit être protégée par des règles budgétaires nationales et européennes contre une pression émanant d’une politique budgétaire laxiste, afin que la politique monétaire expansive ne soit pas maintenue plus longtemps que nécessaire pour assurer la stabilité des prix.

L’Union européenne contracte pour la première fois des dettes communes à grande échelle. Aujourd’hui déjà, de plus en plus de voix se font entendre demandant que le fonds de relance acquière un caractère permanent. Un tel pas serait-il judicieux ?

Weidmann : Des situations d’urgence comme la pandémie sont des événements exceptionnels. Elles peuvent exceptionnellement justifier un endettement commun. Mais lorsqu’il s’agit de solutions durables, celles-ci devraient s’inscrire dans le cadre réglementaire de l'Union monétaire. Celui-ci ne prévoit pas une communautarisation de la politique budgétaire. Les États membres tiennent à décider eux-mêmes de leur politique budgétaire. Mais dans ce cas, ils doivent assumer la responsabilité pour leurs dettes. Autrement, l’action et la responsabilité ne vont plus de pair, et des incitations erronées sont créées pour trop s’endetter.

Et lorsqu’il s’agit du financement de projets communs de UE

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